Dans les paysages ruraux, elles sont partout et pourtant trop souvent invisibles. Elles sèment, récoltent, transforment, innovent, transmettent. Elles gèrent des exploitations, élèvent des troupeaux, reprennent des fermes familiales ou créent leur activité de toutes pièces. Mais dans les représentations collectives comme dans les annuaires professionnels, leurs visages restent parfois flous, mal exposés dirait-on. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Fonds de dotation Indarra a choisi de faire la mise au point. Le 5 mars 2026, au Domaine Etxezahar à Bardos, l’événement Femmes Paysannes entend braquer les projecteurs sur celles qui font vivre l’agriculture paysanne et les territoires ruraux.
Pensée et construite avec l’association Andere Nahia, qui œuvre pour la visibilité, la crédibilité et l’autonomie des femmes dans l’économie, cette soirée s’inscrit dans la continuité des actions portées par Indarra en faveur de l’égalité. Indarra, dont le nom signifie « la force » en basque, agit au service des transformations des territoires. Fondé par le Crédit Agricole Pyrénées-Gascogne, le fonds rassemble des acteurs de divers horizons pour construire des projets d’intérêt général dans les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées et le Gers. Avec Femmes Paysannes, il choisit de labourer un sillon essentiel : celui de la reconnaissance.
L’événement est ouvert à toutes et tous. Aux agricultrices, évidemment, mais aussi aux agriculteurs, aux porteurs de projets, aux étudiants, aux habitantes et habitants du territoire sensibles aux questions d’égalité et d’agriculture. Parce que ces sujets nous concernent collectivement. Parce qu’on parle encore trop peu des défis spécifiques que rencontrent les femmes dans le monde agricole. Et parce que prendre le temps d’en discuter est déjà une manière d’agir.
Aujourd’hui, les organisateurs souhaitent accueillir le plus grand nombre. L’entrée est gratuite, sur inscription, et la soirée comprend un repas complet. Voilà une raison parmi d'autres de ne pas laisser passer l’occasion.
Une soirée pour cultiver la parole
Femmes Paysannes a été imaginé comme un temps d’échanges, de rencontres et de dialogue autour des défis que rencontrent les agricultrices. L’installation agricole, l’adaptation des outils, la conciliation des temps de vie, la reprise d’exploitations ou la légitimité professionnelle figurent parmi les enjeux abordés. Autant de sujets qui reflètent la réalité d’un métier exigeant, où il faut souvent avoir les reins solides et les épaules larges.
La première partie de la soirée prendra la forme d’une table ronde consacrée notamment à la question cruciale de l’installation, un sujet majeur pour les femmes agricultrices. Elle sera animée par le journaliste Yannick Revel. Parmi les intervenantes annoncées figure Florence Debove, bergère dans les Pyrénées, également autrice et illustratrice, personnalité engagée et reconnue. Autour d’elle, Bertrand Gaufryau, le directeur du lycée agricole Arnad David de Hasparren, très investi sur les questions d’inclusion et de pédagogie, ainsi qu’Audrey Dubuc, agricultrice du Gers récemment installée à Blaziert, après une reconversion à 40 ans dans la production d’huile d’olive. Elle cultive des oliviers, des tournesols et de l'ail.
Des regards croisés, des parcours différents, mais un même fil rouge cependant : comment trouver sa place et s’installer durablement.
La réflexion se poursuivra avec la projection du documentaire Fleurir, réalisé par Amanda Meunier. Agricultrice et réalisatrice, elle interroge dans ce film la reprise de la ferme familiale à travers sa propre histoire. La transmission, deuxième grand thème de la soirée, y est abordée avec sensibilité. Reprendre une ferme n’est pas seulement hériter de terres et de bâtiments. En effet, c’est aussi reprendre une histoire, une mémoire, parfois des attentes. Lorsque cette transmission concerne une fille, les lignes peuvent bouger, les équilibres se redessiner.
Le débat qui suivra la projection permettra d’échanger directement avec la réalisatrice, présente pour l’occasion. Une manière de croiser les récits, de confronter les vécus et d’élargir le cadre.
Cantine paysanne : nourrir le corps et les liens
Parce que l’agriculture, c’est aussi le goût et le partage, la soirée se prolongera autour d’une cantine paysanne gratuite mettant à l’honneur les productions et les savoir-faire du territoire. Et loin d'être un simple buffet improvisé, c'est un véritable repas en cinq plats auquel vous aurez affaire, concocté par les cheffes Jessica Saint Rémy et Pauline Sgarzy.
Elles travailleront des produits issus de productrices locales pour proposer un moment gourmand et engagé. Le principe de la cantine paysanne est simple et chaleureux, à savoir de grandes tables, les plats au centre, on se sert, on échange, on apprend à se connaître. C’est un temps de convivialité qui clôture la soirée, un moment où les discussions engagées plus tôt se poursuivent autrement.
Mais l’un des temps forts de la soirée se jouera à l’abri d’un objectif. Tout au long de l’événement, un studio photo sera installé au Domaine Etxezahar. Les agricultrices présentes pourront s’y faire tirer le portrait. L’idée est simple et puissante : donner à voir la diversité des visages, des parcours et des activités qui composent l’agriculture paysanne du territoire.
Un studio photo pour révéler les visages
Ces photographies serviront à la création d’un annuaire des femmes agricultrices. Pensé comme un outil concret, il permettra de mieux se connaître, de faciliter les mises en relation et de renforcer les dynamiques d’entraide entre femmes. Dans un secteur où l’isolement peut parfois peser lourd, savoir qui fait quoi, où et comment constitue un véritable levier.
Les portraits de chacun seront offerts à chaque participants du projet. Un geste symbolique, mais aussi une manière de laisser une trace. Pour Indarra, il ne s’agit pas seulement d’organiser des événements ponctuels, mais de créer de l'utile, du transmissibles, du durables.
Femmes Paysannes ne prétend pas résoudre en une soirée les inégalités persistantes dans le monde agricole. Mais en changeant la focale, en ajustant la lumière, l’événement contribue à modifier le paysage. Il rappelle que les femmes ne sont pas des figurantes de l’agriculture, mais des actrices à part entière, souvent cheffes d’exploitation, innovatrices, porteuses de projets et de transitions.
Dans les campagnes, elles cultivent bien plus que des terres. Elles cultivent des liens, des savoir-faire, des modèles alternatifs. Les mettre en lumière, c’est enrichir l’image collective de l’agriculture paysanne et de mettre en avant celles et ceux qui la font vivre.
Le 5 mars 2026, de 18 heures à 21 h 30, le Domaine Etxezahar à Bardos deviendra ainsi un véritable laboratoire d’images et d’idées. L’entrée est gratuite, sur inscription. Les organisateurs espèrent désormais voir les inscriptions décoller. Parce que cette soirée est ouverte à toutes et tous. Parce qu’elle est gratuite. Parce qu’elle offre un véritable moment d’échange et un repas complet. Et surtout parce que ces sujets méritent un public.
Sébastien Soumagnas






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