Les niveaux de confiance observés au 2nd semestre donnent le ton de la conjoncture : si 2/3 des dirigeants (66 %) déclarent encore avoir confiance dans leur propre entreprise, seul un sur cinq exprime de la confiance dans l’économie française.
Ces niveaux de confiance sont encore plus bas que ceux enregistrés au plus fort de la crise sanitaire en 2020.
Cette défiance s’explique notamment par le contexte politique et géopolitique, dont l’impact négatif sur l’activité est de plus en plus largement ressenti : quatre chefs d’entreprise sur dix estiment que ce contexte pèse sur leur entreprise.
La part de ceux qui considèrent que la situation globale de leur entreprise est bonne recule de six points, confirmant une dégradation progressive du climat des affaires, engagée depuis le second semestre 2024.
Du point de vue général, l’investissement, qui demeure à un niveau historiquement bas, le ralentissement de l’activité et le recul des besoins de recrutement conduisent les entreprises à adopter une posture de forte prudence, limitant leurs projets.
Pourtant, derrière la grisaille des indicateurs, le cœur économique du Béarn bat avec une ténacité exemplaire.
Si 39 % des dirigeants voient leurs carnets de commandes et leur chiffre d'affaires s'étioler , une large moitié parvient néanmoins à préserver ses marges et sa trésorerie, signe d'une agilité remarquable.
Qu’il s’agisse des industriels qui investissent pour demain ou des commerçants qui misent sur le lien social pour défier les algorithmes, les dirigeants locaux refusent de subir.
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L'espoir pousse l'industrie
L’industrie béarnaise demeure le pilier central de cette résilience territoriale. Même si les difficultés observées au premier semestre se confirment légèrement sur le chiffre d’affaires (31 % des entreprises déclarent qu’il est en baisse), des signaux positifs sur les carnets de commandes (25 %, en hausse) et les marges montrent des signes d’amélioration ces derniers mois.
Les industriels ont d’ailleurs le plus haut pourcentage de confiance en leur propre entreprise de cette étude (81 %), ce qui explique la reprise de l’investissement et des besoins en recrutement élevés
Ce dynamisme est largement alimenté par le bassin de Lacq, véritable vitrine d'innovation. Les projets structurants (E-Cho, Nacre, Less Commons Metals…) autour de la transition énergétique transforment ce site historique en un pôle d'avenir, capable de capter des investissements stratégiques malgré l'instabilité politique globale.
Gaëlle Girardi, déléguée générale de l’UIMM Adour Atlantique, témoigne des évolutions de la métallurgie : « Les résultats de notre enquête menée à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine sont très contrastés en fonction des filières : cette dernière révèle que les entreprises de la métallurgie balancent entre un sentiment de satisfaction et de confiance (26 % des répondants), et de l’inquiétude, voire de pessimisme (25 %) pour le dernier trimestre 2025. On note cependant un regain de confiance et d’optimisme mesuré de plus d’un tiers des chefs d’entreprises (32 %) pour les prochains mois ».
Services et commerces misent sur la rigueur et la proximité
Après une relative stabilité en début d’année, l’activité des services se dégrade au second semestre 2025 : 40 % des entreprises constatent une baisse de chiffre d’affaires, les carnets de commandes reculent, les trésoreries se tendent et 35% des répondants déclarent une baisse de la demande.
Il y a cependant des points positifs, puisque les marges et l’emploi restent globalement stables, témoignant d'une gestion rigoureuse des entreprises locales.
Le commerce de proximité, quant à lui, se retrouve en première ligne face à une concurrence dématérialisée de plus en plus agressive. L’impact est visible : 41 % des dirigeants constatent une baisse d'activité. La fréquentation client souffre aussi, avec 38% des commerçants déclarant un nombre de clients en baisse ces derniers mois.
Les tensions sur les trésoreries et les marges persistent et la confiance des commerçants dans leur propre entreprise chute fortement, traduisant un affaiblissement de leur moral (59% ont confiance en leur entreprise). L’inflation redevient la première difficulté citée.
« Pour les produits non alimentaires, cette situation s’explique par la montée en puissance des enseignes en lignes, telles que Temu ou Shein. Aujourd’hui, un euro sur trois est dépensé en ligne. Les bars-tabac-presse, l’équipement de la maison, les discounters et l’habillement sont plus impactés que d’autres. Les loisirs et la culture arrivent tout de même à tirer leur épingle du jeu », souligne Mathilde Morel, responsable d’Etudes à la CCI Pau Béarn.
Pour faire face aux algorithmes des géants du web, les commerçants béarnais misent sur le lien social et la proximité pour fidéliser leur clientèle. À noter qu’il s’agit du seul secteur pour qui l’inflation redevient la première difficulté citée.
Un vent de fraîcheur sur l'hôtellerie et la restauration
Le secteur des Cafés, Hôtels et Restaurants (CHR) s’en sort globalement mieux que les services et le commerce. En effet, il affiche des signes de reprise particulièrement stimulants.
Le baromètre révèle d’ailleurs un bond spectaculaire de 22 points dans l'indice de confiance des dirigeants du secteur.
Malgré des trésoreries encore sous tension et une baisse des effectifs, la fréquentation se stabilise ou progresse pour de nombreux établissements, avec une amélioration du nombre de clients constatée chez 25 % des professionnels et le chiffre d’affaires de la moitié des dirigeants se stabilise.
C’est le signal fort d’un retour de la consommation locale et touristique, essentiel à la vitalité de nos centres-villes.
La construction toujours en difficulté
Le BTP traverse une période particulièrement difficile : depuis trois ans, ce secteur perd environ 1.000 emplois chaque année. La principale raison de ce contexte particulièrement sensible réside dans l’instabilité politique en France et dans le monde en général.
En Béarn, près d’une entreprise sur deux enregistre une baisse de chiffre d’affaires et plus de la moitié une contraction des carnets de commandes.
Les tensions de trésorerie se sont également accentuées au second semestre 2025 (38% des dirigeants déclarent une détérioration). Autre chiffre historique à mettre en exergue pour ce secteur d’activité : seuls 4 % des entreprises ont confiance en l’économie française !
Malgré tout, les dirigeants du BTP restent confiants pour les perspectives de leur entreprise (79% sont confiants).
« Dans le département, la construction représente environ 20.000 emplois, portés par 4.500 entreprises, en majorité artisanales. Les dispositifs comme le Prêt à Taux Zéro et Ma Prime Rénov aident, mais pas à des niveaux suffisants. Ma Prime Rénov a connu 16 changements en quatre ans. Le manque de visibilité n’aide pas nos adhérents, ni les particuliers. Pourtant, notre secteur est résilient. Nous sommes conscients que nous sommes des acteurs fondamentaux de la transition et de la rénovation énergétique en France », plaide Sébastien Labourdette, président de la Fédération du bâtiment et des travaux publics des Pyrénées-Atlantiques et président du groupe Sogeba.
Un rebond attendu pour 2026 ?
Tout n'est pas simple, certes. La baisse de la demande et le poids des charges restent des défis quotidiens.
Les perspectives pour l'année à venir, bien que prudentes, laissent entrevoir des jours meilleurs. Les projections de la Banque de France pour cette année entrevoient une inflation maîtrisée et un raffermissement progressif de l'investissement, sous réserve d'une stabilisation du contexte politique.
En 2026, l’heure est à la préparation de l'avenir en transformant cette stabilisation en une nouvelle dynamique d'investissement (un quart des entreprises prévoit d'investir dès le début de l'année).
Grâce à une santé financière globalement préservée (le BTP reste le point de vigilance majeur) et une réelle dynamique de l'emploi (61 % des entreprises ayant eu besoin de recruter y sont parvenues totalement), le tissu économique local fait preuve d'une belle résilience.
Fort de son héritage industriel et de l'optimisme de ses dirigeants, le territoire possède tous les atouts pour rester un moteur de la région.
Noémie Besnard
Un marché de l'emploi plus performant qu'en Nouvelle-Aquitaine
Le Béarn confirme sa solidité sociale. Avec un taux de chômage à 6,5 %, la zone de Pau fait mieux que la moyenne régionale (7,0 %), tandis qu’Oloron maintient un cap exemplaire à seulement 5 %, malgré une légère hausse.
Cette performance est corrélée à une meilleure réussite des processus d'embauche : 61 % des entreprises ayant eu besoin de recruter ont vu leurs besoins totalement comblés, une progression fulgurante de 17 points en un semestre.



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