Née à Pau, Chloé Larrieu-Soubelet a grandi à Marseille dans un environnement familial qu’elle décrit comme « toxique », entre violences verbales et psychologiques.
À cette situation déjà complexe s’ajoute un parcours scolaire quelque peu chaotique. Longtemps, son estime d’elle-même en a pâti.
« Je me suis énormément cherché, en changeant de cursus, et j’ai redoublé six fois. Je n’étais pas un élément perturbateur, mais plutôt tête en l’air. Socialement aussi c’était compliqué : j’étais toujours trop émotive, trop sensible, trop si, trop ça… Mon diagnostic de TDAH, bien que tardif, a agi comme un révélateur, donnant une cohérence nouvelle à mon parcours et à ma manière d'appréhender les défis », raconte-t-elle avec pudeur.
Ce n’est qu’à 25 ans que le déclic survient : après avoir multiplié les petits boulots dans la vente ou les services, elle reprend ses études dans l’accompagnement et le service à la personne avec une détermination de fer.
Chloé s’inscrit ensuite en licence de psychologie à l’université d’Aix-en-Provence pour s’éloigner de son environnement familial et attendre de passer le concours d'entrée à l'école d'infirmier.
Ce fut une révélation ! « J’ai adoré ce qu’on apprenait et je me suis passionnée pour les neurosciences. Après ma licence, j’ai poursuivi mes études avec un master et je suis devenue psychologue clinicienne ».
Une fois son diplôme en poche, elle ne tarde pas à revenir dans sa région de cœur. « Le Béarn et les Hautes-Pyrénées représentent mes racines. Quand je suis partie du Béarn, à six ans, ça a été assez traumatisant. En y revenant, j’ai senti une reconnexion à ma vie d’avant. C’était mon rêve de revenir », confie Chloé.
Quelques mois après son retour à Pau, en 2022, elle ouvre son propre cabinet et fait de son passé une force, en travaillant avec ses jeunes patients pour lutter contre le décrochage scolaire et accompagner les enfants et adolescents atteints de troubles du neurodéveloppement (traits autistiques, difficultés de concentration, multi dys…).
Bien plus qu’un simple concours de beauté
Loin d'être un rêve de petite fille, l'entrée de Chloé dans l'univers des Miss s'est jouée au détour d'un hasard sur les réseaux sociaux, la guidant vers le comité Miss Naturelle France.
Ce concours se distingue radicalement des codes traditionnels : ici, point de diktats sur la taille, le poids ou l'âge. L'objectif est de célébrer la femme dans toute son authenticité, avec ses forces et ses fragilités.
Séduite par ces valeurs, elle contacte d'abord le comité pour les soutenir, avant d'être encouragée à monter sur scène. Loin de la rivalité, elle y découvre une sororité poignante et une grande complicité entre les candidates.
« La déléguée régionale m’a proposé d’assister à l’élection de Miss Aquitaine en 2025. Il y a eu beaucoup de passage que j’ai aimé, comme celui où les candidates doivent écrire un mot qui a pu les blesser par le passé et elles devaient le déchirer sur scène, dans un acte très libérateur ».
Pour la jeune femme, très complexée par son corps durant son adolescence, c'est l'occasion de se réconcilier avec son passé et de montrer que l'on peut être soi-même. « J’y suis allée avant tout pour m’amuser, mais cette expérience m’a aidé à avoir confiance en moi, en mes capacités », confie-t-elle.
Une volonté de briser les tabous
Le 17 janvier, Chloé remporte le titre de Miss Naturelle Pyrénées.
Elle souhaite utiliser sa nouvelle notoriété pour mettre en lumière des sujets encore trop souvent passés sous silence et qui résonnent avec son propre vécu : le dépistage du cancer gynécologique et les troubles du neurodéveloppement chez les jeunes.
Elle témoigne de cette période difficile : « Il y a quelques années, ma vie a basculé lors d'un rendez-vous de routine : on m'a diagnostiqué un cancer, heureusement pris à temps. Dans la vingtaine, on a tendance à penser que la maladie est une question d'hygiène de vie ou d'âge, mais personne n'est à l'abri. Dans ma famille, ça reste un sujet un peu tabou, car certaines femmes de ma famille en sont mortes. Aujourd’hui je souhaite faire passer un message aux jeunes femmes : parlez-en et faites-vous suivre. Le dépistage n'est pas une source de peur, c'est votre meilleure protection ».
Dans le cadre de son activité professionnelle, Chloé Larrieu-Soubelet accompagne quotidiennement des enfants, des adolescents et leurs familles. C’est donc tout naturellement que son choix s'est porté sur cette deuxième cause pour son titre de Miss Naturelle.
« Face à l'augmentation des difficultés psychiques chez les jeunes (harcèlement, réseaux sociaux, éco-anxiété grandissante, addictions...), il me semble essentiel de favoriser une parole accessible, préventive et déculpabilisante. J’échange avec beaucoup de jeunes atteints de troubles du neurodéveloppement et en échec scolaires. Je voudrais leur dire que ce n’est pas une fatalité et que votre vie n’est pas gâchée. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas bon à l’école qu’on n’a pas d’avenir. J’en suis la preuve vivante », martèle la psychologue.
En novembre prochain, elle portera fièrement les couleurs des Hautes-Pyrénées lors de l’élection nationale, avec un clin d'oeil au Cirque de Gavarnie, emblème de la puissance et de la beauté brute de sa région.
Elle y affrontera 19 autres candidates, non pas dans un esprit de compétition acharnée, mais avec cette même soif de rencontres et de partage qui l’anime depuis le début.
Noémie Besnard
COUPS DE POUCE
En novembre prochain, Chloé représentera les Hautes-Pyrénées lors de l'élection nationale, avec la fierté de mettre en lumière le cirque de Gavarnie. Elle souhaite collaborer avec des couturières pour créer son costume.
Pour la psychologue paloise, l’aventure ne fait que commencer. Loin de se contenter de l’aspect symbolique de sa couronne, elle voit en ce titre une opportunité concrète de mener des actions de terrain. Elle prévoit déjà de mettre sa double casquette d'ancienne patiente et de psychologue au service de projets solidaires.
« Ce que je recherche avant tout, c’est de rencontrer des gens passionnés, qui donnent de leur temps pour les autres. C’est ce que j’aime dans mon titre. Une de mes amies est à la tête de la boutique Imagoya : elle propose de la lingerie, des bijoux et des produits cosmétiques pour les femmes qui sont atteintes d’un cancer. Peut-être que nous allons faire quelque chose ensemble. J’aimerais aussi intervenir en tant qu’ancienne patiente, mais aussi en tant que psychologue ».
Ateliers, animations, tables rondes, bénévolats… Qu'il s'agisse de sensibiliser aux cancers gynécologiques ou de soutenir la santé mentale des jeunes, elle veut répondre présente. Vous pouvez lui soumettre votre projet par mail.



Miss Naturelle Pyrénées

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