Cet événement reste un marqueur historique pour la Cité des Corsaires, avec pour phare sa célèbre « Maison de l’Infante », renommée ainsi après le court séjour (2 nuits) de la petite-fille du Béarnais, le bon roi Henri, future reine de France et de Navarre.
La maison a été édifiée probablement vers la fin du XVIe siècle, avant d’être complètement transformée par le puissant armateur basque, Joannot de Haraneder. Ce dernier faisait preuve d’une grande générosité envers les plus démunis, construisant notamment un hospice à Saint-Jean-de-Luz. C’est pour le remercier que la Jurade lui fit cadeau de cette maison sur le port.
Avec sa façade, alliant briques roses et pierres, ses galeries à arcades et ses tours, cette demeure fait rayonner son charme délicat et, quelque part, ses mystères. « À l'origine, elle n’était pas du tout dans le style italien. Sans doute, cette façade a été inspirée par Venise, avec laquelle l’armateur faisait du commerce maritime » sourit Odile Artéon, l’une des propriétaires de la demeure et qui y réside à l’année.
Au XVIIe, Saint-Jean-de-Luz était un port très actif, avec une riche histoire notamment autour de la pêche. « Joannot de Haraneder fut anobli par Louis XIII, après le siège de La Rochelle. L’armateur basque avait fait don de deux vaisseaux, spécialement armés, pour ravitailler l'île de Ré, bloquée par la flotte anglaise. Ces navires qui, jusque-là, servaient pour la chasse à la baleine ont, ensuite, été intégrés dans la Marine royale » ajoute Odile Artéon. « J’ai eu, récemment, l’occasion d’accueillir une grande partie des descendants Haraneder, pour une visite chargée d’émotion ».
Le vicomte Pierre-Nicolas de Haraneder a été dépossédé de son bien à la Révolution française. Après avoir été nationalisée, la bâtisse a changé plusieurs fois de main. « Elle est arrivée dans notre famille vers le mi-temps du XIXe siècle. Ma mère, Claude, qui était fille unique, en a hérité à l'âge de 12 ans ».
Une histoire, une identité et une âme…
Odile, la fille du réputé joaillier biarrot Artéon, a un lien très particulier avec cette demeure. Elle a accepté de se confier, au moment où la Maison de l’Infante est mise en vente. « Il s’agit d’un patrimoine unique et ma priorité est de trouver des investisseurs qui vont permettre de préserver ce qui fait son histoire, son identité et même son âme. Ce patrimoine exceptionnel mérite des personnes exceptionnelles ».
La famille Artéon habitait Biarritz et la mère d’Odile, Claude, ne s’est installée dans la Maison de l’Infante que beaucoup plus tard. Entre-temps, grâce à sa volonté d’ouvrir le site aux visites, le grand salon du 1er étage et son antichambre, appelée la chambre de l’Infante, ont été restaurés.
« Avec ses planchers magnifiques et ses plafonds à la française, tels qu’on en trouve dans les anciens hôtels particuliers du Marais à Paris, l’ensemble est très rare. Les travaux ont permis de restituer la cheminée Renaissance, telle qu’on pouvait la voir à l’origine. Elle est tout simplement unique au Pays basque. Puis, en grattant les poutres du salon, des peintures du XVIIe siècle sont apparues. Les Monuments historiques sont intervenus avec leurs équipes, ils ont tout décapé avec soin, laissant apparaître des scènes multiples : la création du monde, Adam et Ève, la voûte céleste, des monstres marins, les anges, le diable… » raconte Odile avec émotion.
Longtemps, la maison a été louée par appartements ou pour des évènements ponctuels. Il y avait un antiquaire, un architecte au premier étage, des expositions… « Un jour, le fondateur de Jean-Vier, Francis Leplus, a débarqué ici et a demandé à mon grand-père s’il pouvait lui louer le rez-de-chaussée. Il se trouve que j’avais fait sa connaissance quand je travaillais pour Courrèges, sur une ligne de peignoirs de bain. Finalement, nous sommes devenus amis. Il m'a toujours dit : mon chiffre d'affaires, c'est ici que je le fais, ni à Paris, ni ailleurs... ». La boutique est toujours là.
« Ensuite, Francis Leplus est parti aux Etats-Unis avec sa femme, pour créer Jean de Luz. C’est lui qui m’a incité à les y retrouver. J’étais décoratrice d’intérieur, mais aussi artiste peintre. Ça a été une ouverture formidable ! ».
L’arrivée du musée Grévin…
Au moment de la restauration des poutres du premier étage, Odile Artéon a pris conseil auprès de Paul-André Leremboure, propriétaire de la Maison Louis XIV. « Il m’a indiqué des personnes à Lourdes. Je n’ai pas hésité et je suis partie les rencontrer. Ils avaient le Musée Grévin, une fabrique de cierges et le musée de Lourdes du temps des apparitions. Ils m’ont fait visiter. On est entré dans une pièce sombre. Tout d’un coup, un ciel étoilé s’est allumé, au son de l’Ave Maria de Pavarotti, avec l’apparition à Saint-Bernadette… Ils m’ont même demandé d’utiliser mon visage pour faire la Vierge » s’amuse Odile Artéon.
Le contact a été fructueux puisque, au-delà des compétences concernant les questions de restauration, le Musée Grévin est venu s’installer à Saint-Jean-de-Luz. « Ils voulaient être dans la maison, mais ma mère a refusé. Elle leur a vendu le pavillon, dans le jardin à l’arrière de la maison. Ils m’ont demandé de faire les décors du musée avec une autre femme qui travaillait dans le cinéma et le théâtre, et un architecte qui avait réalisé toutes les maquettes ne miniature. On avait tout réalisé en trompe-l’œil, en patine. C'était ma spécialité ».
Une maison à apprivoiser…
Une relation très particulière s’est instaurée entre Odile Artéon et la Maison de l’Infante. « Petite, je détestais cette maison. Ma mère me traînait pour y aller. Je ne voulais pas y rentrer, ça sentait la marée, ça sentait le vieux, c'était affreux… ». Pendant des années, les passages de la jeune femme dans cette bâtisse ont été rapides, entre deux voyages.
« Après la mort de mon père, ma mère est venue vivre à Saint-Jean-de-Luz, dans la tour, là-haut. À chaque fois que je revenais, je sentais cette maison qui m'appelait. Mais, j’avais du mal. Je ne dormais pas la nuit. Je ressentais des présences et l’âme de la maison. Tout est vivant, tout est énergie, fréquences et vibrations. Et j’ai finalement, trouvé les clés pour y vivre. Cette maison, elle accepte ou elle rejette les gens. Quelque part, on s'est apprivoisé, on a appris mutuellement. J'ai appris à l'aimer. Et maintenant, je l'adore. »
Odile Artéon a aussi assuré l’essentiel pour maintenir en état cette demeure de plus de 1.000 m2, en première ligne face aux tempêtes et aux dégradations potentielles multiples. Une présence indispensable à tous points de vue, qui a permis à cette sublime Maison de l’Infante de continuer à faire rayonner son charme, en sentinelle du port, et préserver son âme, son mythe, ses âmes et leurs mystères.
« J'ai été jusqu'au bout de ma mission. Nous avons mis la maison en vente. Elle mérite de faire venir le meilleur investisseur qui soit, pour qu’elle puisse retrouver ses lettres de noblesse avec un beau projet de dimension historique. C'est ça le plus important. Priorité au maintien de sa personnalité. Au-delà d’une vente, c’est la transmission d’un patrimoine tellement unique qui doit garder une âme exceptionnelle. Il y a un potentiel énorme, autour notamment de l'histoire de l'infante et du chocolat » s’enflamme Odile Artéon.
La Maison de l’Infante fait l’objet d'une inscription auprès des Monuments historiques. Elle a été officiellement mise sur le marché. Comme une œuvre d’art, elle est unique et n’a pas de prix. Les convoitises sont multiples. On ne peut qu’espérer qu’elle puisse s’ouvrir à une nouvelle vie à la hauteur des ambitions affirmées par Odile Artéon, et préservant l’inspiration et la générosité de son bâtisseur, Joannot de Haraneder.
Panorama exceptionnel depuis la tour
La peinture, comme une deuxième nature
Enfant, pas vraiment motivée par l’école, Odile Artéon passait son temps à dessiner les autres élèves. « La prof de français me hurlait dessus, sans arrêt. À la fin de l'année, je lui avais fait une vierge à l'enfant, au fusain, très grand format. Elle ne voulait pas croire que c’était mon œuvre » rigole-t-elle.
Artiste autodidacte, Odile Artéon a fait fructifier son don, notamment au fil de ses nombreux voyages en Californie, en Andalousie, à La Réunion… et de rencontres inattendues. « Un jour on m’a appelé à Marbella. Des Russes voulaient que je leur réalise des coupoles en or. Je ne savais pas travailler la feuille d'or, j'ai appris sur le tas. Quand j'ai vu tous ces copeaux qui tombaient, j'ai eu une illumination, une espèce d'état de grâce : il fallait que je mette cette feuille d'or sur mes tableaux ».
Après avoir commencé avec une peinture figurative, des portraits, des paysages, Odile Artéon a évolué vers l’abstrait, avec notamment des grandes sphères : des lumières d’or et d’argent.
Comment décrire une exposition d'Odile Artéon ? « On n'en parle pas on la ressent. Dès l'entrée on est enveloppé d'une douce vibration, invisible et puissante à la fois. Une énergie subtile, un brin spirituelle, parfois mystique, pour les initiés ‘La Lumière Esprit Vivant’. Les émotions sont là. On en ressort touché par la grâce et dans le recueillement et le silence intérieur émergent les ressentis : harmonie, paix et bonheur ».






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