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ICI, ON PRODUIT LA VIEMontrer, transmettre, fabriquer et... donner du sens

En ouvrant leurs ateliers au public et en formant les générations futures à leur savoir-faire, Les Couteliers Basques rendent visible ce que produire veut vraiment dire. À travers le regard d’Andréa Carvalho, c’est toute une pédagogie du geste et du temps long qui s’exprime.
L'équipe des Couteliers Basques avec Andrea Carvalho au centre
Les Couteliers Basques DR
Cette entreprise artisanale s’inscrit pleinement dans le mouvement inédit que PresseLib’ Pays Basque initie : « ICI, on produit la vie », pour mettre en avant chaque mercredi les femmes et les hommes qui produisent ICI et qui produisent ainsi de la vie ICI.
Les couteliers travaillent avec des gestes traditionnels
Les Couteliers Basques DR

Produire ici, au Pays Basque, ce n’est pas seulement fabriquer des objets. C’est faire vivre des gestes, des savoir-faire, avec des histoires de transmission qui traversent les générations. C’est aussi ancrer des emplois, des passions et des parcours humains dans les villages, les quartiers et les villes du territoire. Avec Les Couteliers Basques, la production prend une dimension presque intime : celle d’objets utiles, durables, façonnés à la main, qui racontent à la fois une culture et un engagement.

Installée entre tradition et création contemporaine, la maison fondée par Pascal et aujourd’hui portée par une équipe d’associés passionnés incarne une autre idée de la production : exigeante, locale et profondément humaine. Arrivée comme apprentie il y a dix ans, Andréa Carvalho est devenue associée de cette entreprise artisanale emblématique, participant activement à lui donner un nouvel élan, sans jamais rompre le fil de la transmission. À travers son regard, c’est toute une vision du « produire ici » qui se dessine : celle d’un artisanat vivant, ouvert, et tourné vers l’avenir.

Quand on parle de « produire la vie ici », que cela signifie-t-il pour vous, à la tête des Couteliers Basques, maison profondément ancrée dans le territoire ?
Andrea Carvalho - Produire la vie ici au Pays Basque, c'est quelque chose de très concret chez nous. C'est d'abord faire le choix de fabriquer ici, pour de vrai, de créer de l'emploi local et de faire vivre un savoir-faire qui a du sens. C'est mettre en avant la culture basque dans un objet utile et pensé pour durer, qui accompagne les plus beaux moments de nos clients et travailler autant que possible avec des fournisseurs locaux. Chaque couteau fabriqué ici porte une part de notre culture et de nos valeurs. 
 
Vous êtes arrivée comme apprentie avant de devenir associée. En quoi votre parcours personnel incarne-t-il l'importance de la transmission et de la formation dans les métiers de production ?
A. C - Je suis arrivée dans la coutellerie tout à fait par hasard en répondant à une offre d'apprentissage pour financer mes études. Rien ne me prédestinait à ce domaine. Pascal et Rachel, les fondateurs m'ont transmis l'amour de l'artisanat et c'est grâce à leur confiance et leur volonté de partager leur savoir-faire que j'ai eu envie de m'inscrire durablement dans ce métier. Je pense que c'est essentiel pour les métiers de production de donner envie aux jeunes de faire perdurer nos savoir-faire.

La coutellerie artisanale est un métier ancien, parfois perçu comme appartenant au passé. Comment expliquer qu'il s'agit au contraire d'un métier bien vivant, tourné vers l'avenir ? 
A. C - C'est un métier qui évolue en permanence, parce qu'il s'adapte aux usages, aux attentes, aux modes de vie d'aujourd'hui. On travaille avec des gestes traditionnels, mais aussi avec des outils modernes, de nouveaux matériaux, et une vraie réflexion sur la durabilité. Ce qui fait qu'il est bien vivant, c'est justement cet équilibre entre héritage et innovation. Et puis il y a la demande : les gens cherchent de plus en plus des objets utiles, durables, réparables, qui ont une âme. La coutellerie artisanale répond exactement à ça. C'est un métier qui regarde vers l'avenir, parce qu'il est en phase avec les enjeux d'aujourd'hui.

Travailler le bois de néflier, de la forêt basque jusqu'au couteau fini, c'est maîtriser toute une chaîne de production. Pourquoi est-il essentiel de garder cette transformation ici, localement ?
A. C - Déjà parce que, historiquement, c'est un savoir-faire propre au Pays Basque : il n'existe qu'ici. Mais surtout parce que c'est l'âme de notre coutellerie, notre véritable spécialité. C'est le jour où Pascal a eu la chance d'apprendre à travailler le néflier que l'histoire des Couteliers basques a vraiment commencé. Pour nous, il est impensable de le délocaliser ou de le déléguer. C'est une vraie tradition d'entreprise, quelque chose qu'on protège et qu'on fait vivre.

Le compagnon d'une vie
Les Couteliers Basques DR

Dans un monde de production de masse et d'objets standardisés, que défend une entreprise artisanale comme la vôtre en proposant des pièces durables, réparables et transmissibles ?
A. C - Ce qu'on défend c'est avant tout un savoir-faire, un métier manuel mais aussi une consommation plus responsable. Un couteau artisanal, ce n'est pas un objet jetable. C'est un véritable compagnon, une pièce qu'on pourra transmettre et qui porte un bout de Pays Basque. Ce qui nous caractérise c'est aussi l'originalité. Des couteaux inspirés de la culture basque, avec des formes, des systèmes d'ouverture et de fermeture originaux, des matériaux précieux et parfois inédits. Et surtout, il y a le sur-mesure, la personnalisation, cette capacité à s'adapter aux envies de chacun. C'est quelque chose qu'on ne trouve que dans l'artisanat, et qui fait toute la différence face aux objets standardisés.

Vos ateliers et boutiques sont ouverts au public et rendent visible le geste artisanal. En quoi cette transparence est-elle un outil pédagogique essentiel pour redonner du sens au mot « production » ?
A. C - Cette transparence permet de reconnecter les gens à la réalité du travail manuel, à l'humain derrière chaque pièce. On ne se rend pas toujours compte du nombre d'étapes ni du temps nécessaire pour fabriquer un couteau. Montrer tout ça, c'est aussi une démarche de confiance : prouver qu'on fabrique vraiment sur place, et que chaque pièce est le résultat d'un vrai travail, fait ici.

Quand modernisme et tradition se mêlent
Les Couteliers Basques DR

Vos stages de coutellerie rencontrent un fort engouement. Est-ce une manière de susciter des vocations, ou au moins de recréer un lien entre les gens et le fait de fabriquer ?
A. C - L'idée, c'est de faire comprendre ce que représente le geste artisanal, le temps, la précision, l'engagement que ça demande. Et pour certains, oui, ça peut aussi éveiller ou confirmer une vocation. Mais surtout, ça change le regard qu'on porte sur les objets et sur ceux qui les fabriquent. Et puis il y a aussi la fierté d'avoir entièrement fabriqué de ses mains un objet qu'on pourra utiliser au quotidien.

À l'échelle du Pays Basque, quels sont aujourd'hui les principaux freins au développement et à la pérennité des métiers artisanaux de production ?
A. C - Pour notre métier, le principal frein reste le recrutement. Il est très difficile de trouver de la main-d'œuvre qualifiée, notamment à cause des difficultés de logement sur le territoire. D'autant plus que le seul CAP de coutellerie en France est à Thiers, donc on est obligés de former directement sur place. Cela demande du temps, de l'investissement, mais c'est aussi pour ça que la transmission est au cœur de notre modèle. Malgré tout, le Pays Basque reste une région très dynamique et attractive. Il y a une vraie volonté de mettre en avant les richesses culturelles et artisanales du territoire. Cet élan est précieux : il donne de la visibilité aux savoir-faire locaux et crée un contexte favorable pour continuer à produire ici, à taille humaine.

Pierre Carton DR

Que pourraient faire concrètement les collectivités, les institutions ou le monde économique pour mieux soutenir ceux qui produisent ici, à taille humaine ?
A. C - Soutenir davantage les petites entreprises, notamment sur les investissements nécessaires à leur développement. Que ce soit pour s'équiper, agrandir un atelier ou structurer la production, ce sont des étapes clés pour rester à taille humaine tout en assurant la pérennité des entreprises.

Enfin, que vous inspire le lancement de la rubrique « Ici, on produit la vie » et pourquoi est-il important que des chefs d'entreprise et artisans basques prennent la parole pour raconter leur réalité ?
A. C - Elle permet de montrer l'envers du décor, la réalité du quotidien derrière les entreprises et les ateliers. En donnant la parole aux chefs d'entreprise et aux artisans, on remet de l'humain au cœur de la production. Ça permet aussi de mieux comprendre les enjeux, les contraintes, mais surtout l'engagement qu'il y a derrière chaque projet. Et, je pense, de donner encore plus envie de soutenir l'artisanat local et celles et ceux qui produisent ici.

À l’heure où les emplois de production se raréfient et où l’on confond trop souvent fabrication et passé, le témoignage d’Andréa Carvalho rappelle une évidence : produire, c’est créer de la vie. De la vie économique, bien sûr, mais aussi du lien, de la fierté et du sens. En ouvrant leurs ateliers, en transmettant leurs gestes, en formant sur place et en refusant la standardisation, Les Couteliers Basques montrent qu’il est possible de produire autrement, à taille humaine, sans renoncer ni à l’exigence ni à l’ancrage territorial.

Cette parole est précieuse. Parce qu’elle rend visibles celles et ceux qui fabriquent dans l’ombre. Parce qu’elle donne envie de regarder différemment les objets qui nous accompagnent au quotidien. Et parce qu’elle rappelle, tout simplement, que sans production locale, il n’y a ni transmission, ni avenir partagé. Ici plus qu’ailleurs, produire la vie commence par faire le choix de rester, de créer et de transmettre. ICI.

Sébastien Soumagnas

Les Couteliers Basques DR

Chaque mercredi, au minimum, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.

Pour découvrir, les articles déjà publiés dans cette rubrique, cliquez ici

Au sommaire de "ICI, on produit la vie"

  • Un rendez-vous hebdomadaire inédit pour défendre les métiers de production

  • Artzainak à Mauléon : les bergers d’une production indépendante

  • La Ferme Elizaldia : au cœur de Gamarthe, l’agro-pépite se bâtit de génération en génération

  • Créer une nouvelle dynamique autour de la fierté « industrielle »

  • Boulangerie du Moulin à Mauléon

  • Lynxter façonne l'avenir en 3D

  • L’IzarFamily invente une dimension humaine pour les télécoms et le numérique

  • Erro, quand la maroquinerie fait vivre un atelier, un village, un pays

  • Alki : des racines et des ailes

  • Itsalga, quand la mer nourrit la terre

  • Tannerie Carriat : le cuir solide et la créativité éclatante

  • SEI, le numérique made in Pays basque

  • Resak : le design naît du recyclé

  • Arsène, l’espadrille retrouve ses pas à Mauléon

  • Du garage à la pasta factory : la success story d’Irina

  • La maison Pascal Massonde cultive le goût de ses terres

  • Egiazki, la jeunesse basque qui entreprend ici

  • Antoine Maury et Zanzibar, à contre-courant des délocalisations

  • Port de Bayonne : quand l’industrie navigue vers le futur

  • BiPiA, quand l’artisanat nourrit l’économie basque

  • Comment le CETIA fait entrer le textile en économie circulaire

  • BioclimaKit, quand le compost fait repousser l'idée de produire localement

  • Kollect Tech transforme les toilettes en filière d’avenir

  • Le Béret Français : du fil au produit fini, du geste à l’avenir

  • Synelis et Olivier Neys au cœur des réseaux essentiels

Les clefs de l'éco

  • Chiffre d’affaires ou bénéfice ?

  • La dette ou les dettes

  • L’investissement c’est quoi ? Et à quoi ça sert ?

Un défi majeur à relever ensemble…



Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.



Tous méritent d’être encouragés.

A travers cette rubrique « ICI, on produit la vie », PresseLib’ veut animer une communauté, en favorisant des solidarités, en encourageant la partage d’expériences, en incitant aux transmissions, en faisant bouger les lignes, en faisant émerger des solutions nouvelles… Bref, en créant une dynamique inédite.

Participez !


Ce nouveau rendez-vous est celui d’une communauté, engagée pour défendre et valoriser les emplois de production. 

Rejoignez le mouvement !



Vous êtes un acteur de la production locale ? Faîtes-vous connaître en envoyant un message à redaction@presselib.com

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