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Arte Flamenco entre en scène avec Lorca en ouverture

Depuis plus de trente-cinq ans, le festival montois fait dialoguer tradition et modernité, enracinement local et rayonnement international.
Llámame Lorca, par la Compagnie Manuel Liñán
Pour son 37e rendez-vous, le festival s’ouvrira avec un hommage fort et sensible à Federico García Lorca, porté par le danseur Manuel Liñán.
Manuel Liñán danse, à gauche sur la photo
Antonio L Juárez DR

Chaque été, Mont-de-Marsan change de tempo. La ville landaise, habituellement paisible, se met à battre la mesure plus ardemment. Les pas résonnent, les palmas claquent, les guitares pleurent et chantent à la fois. Du 30 juin au 4 juillet 2026, le Festival Arte Flamenco reviendra faire vibrer rues, scènes et regards, rappelant que le flamenco n’est pas un simple art de la scène, mais une manière de dire l’intime et le collectif d’un même mouvement.

Un festival entre racines et audace

Créé en 1989 à l’initiative d’Henri Emmanuelli par le Département des Landes, Arte Flamenco s’est imposé au fil des décennies comme le plus grand festival de flamenco hors d’Espagne. Une singularité assumée, presque un paradoxe géographique, qui fait aujourd’hui partie de son identité. Ici, au cœur de la Gascogne, l’Andalousie trouve chaque été un port d’attache fidèle, un lieu où son art peut se déployer sans folklore figé ni nostalgie.

La force du festival tient précisément dans cette double pulsation. D’un côté, une ambition internationale affirmée, portée par l’accueil d’artistes espagnols majeurs et par des liens constants avec l’Andalousie. De l’autre, un ancrage local profond, qui fait d’Arte Flamenco un rendez-vous populaire autant qu’exigeant, partagé par un public fidèle, curieux et intergénérationnel. À Mont-de-Marsan, le flamenco n’est pas importé : il est adopté, vécu, transmis.

Année après année, Arte Flamenco s’est donné pour mission de faire rayonner le flamenco dans toute sa diversité, en respectant la tradition du flamenco puro tout en laissant la porte ouverte aux écritures contemporaines. Danse, musique, chant, mais aussi littérature et arts visuels dialoguent au sein d’une programmation qui refuse les frontières fermées. Le festival s’inscrit ainsi dans une volonté forte de transmission et de création, soutenue par le Conseil départemental des Landes, qui voit dans la culture un moteur d’attractivité et du lien social.

Chorégraphe et metteur en scène, Manuel Liñán porte une danse qui marie génie et simplicité
Antonio L Juárez DR

Une ouverture sous le signe de Lorca

Pour sa 37e édition, Arte Flamenco frappera fort dès l’ouverture. Le mardi 30 juin 2026, le rideau se lèvera sur un spectacle événement porté par Manuel Liñán et sa compagnie. Un retour très attendu, tant l’artiste avait marqué les esprits lors de son précédent passage en 2024 avec Muerta de Amor, accueilli comme un véritable triomphe. Cette fois, le danseur chorégraphe proposera une première en France, avec une création dédiée à une figure majeure de la poésie et de la mémoire espagnoles : Federico García Lorca.

Intitulé Llámame Lorca, le spectacle s’annonce comme une traversée sensible et puissante de l’univers du poète andalou, assassiné il y a quatre-vingt-dix ans dans un ravin près de Grenade. Plus qu’un hommage, la pièce se veut une incarnation. Une manière de faire revivre, par le corps et le mouvement, la symbolique, les paysages et les émotions qui composent l’œuvre lorquienne. Sur scène, danse, musique, chant et création graphique se mêleront pour composer un tableau total, où chaque geste devient parole et chaque silence résonne.

Manuel Liñán ne danse pas Lorca, il le représente. Il en fait une présence, une énergie, presque un cri collectif. Llámame Lorca se présente comme une épopée contemporaine, traversée par l’idée que l’œuvre du poète continue de nous relier, de nous interroger, de nous rassembler. À travers ce spectacle, Arte Flamenco rappelle que le flamenco est aussi un art politique au sens noble, un art de la mémoire et de la résistance, capable de faire dialoguer passé et présent dans un même temps.

Antonio L Juárez DR

Quand la danse devient mémoire vivante

Né à Grenade en 1980, Manuel Liñán s’est imposé comme l’une des figures les plus singulières et audacieuses du flamenco actuel. Sa danse, à la fois rigoureuse et libre, puise dans la tradition tout en la faisant bouger sans cesse, la modernisant. Récompensé par de nombreux prix prestigieux, dont le Prix Max du meilleur interprète masculin et le Prix national de danse, il incarne cette avant-garde flamenca. Chorégraphe pour de grandes institutions comme le Ballet national d’Espagne, il porte une vision du flamenco ouverte, incarnée et résolument contemporaine.

C’est cette exigence artistique, alliée à une profonde fidélité à l’esprit du flamenco, qui fait écho à l’ADN d’Arte Flamenco. Le festival ne se contente pas de montrer des spectacles : il raconte une histoire collective, celle d’un art vivant qui se transmet en se transformant. À Mont-de-Marsan, chaque édition est une danse à plusieurs temps, où le passé guide le pas.

L’ouverture de la billetterie, prévue le 2 avril 2026, marquera le premier pas de danse officiel de cette nouvelle édition. Mais déjà, la promesse est là, à savoir celle de cinq jours où la ville entière se mettra à danser, où le public sera invité à écouter, regarder et ressentir. Arte Flamenco est un rendez-vous qui se vit, qui se partage, qui laisse une empreinte durable.


Finalement, Arte Flamenco continue de rappeler que la culture peut être un point d’équilibre, un espace de dialogue et de beauté. À Mont-de-Marsan, le flamenco est célébré, et en 2026, plus que jamais, il promet de faire danser les cœurs autant que les corps.

Sébastien Soumagnas

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