Aux antipodes de l’instantané et du zapping permanent, le Fipadoc a toujours revendiqué une certaine sagesse. Celle qui consiste à prendre le temps d’écouter, de regarder et de comprendre. Pour sa 8e édition, le festival international du documentaire a confirmé cette ligne de conduite en s’installant à Biarritz du 23 au 31 janvier 2026, fidèle à sa définition de festival citoyen, où les images deviennent des outils de démocratie et de culture partagée.
Dans un monde pressé, le documentaire agit ici comme un art de la maturité. Il ne cherche pas le coup d’éclat mais la profondeur, ne court pas après l’actualité mais en détaille les contours. Au Fipadoc, les histoires vraies prennent de l’âge avec élégance.
Une mémoire vive du réel
Depuis sa création, le Fipadoc s’est imposé comme un rendez-vous incontournable du paysage européen du documentaire. L’édition 2026 s’inscrit dans cette continuité en proposant plus de 150 films venus des quatre coins du monde, accompagnés d’une quinzaine d’expériences immersives inédites. Une programmation dense, pensée comme une grande fresque du réel, où toutes les formes et tous les genres du documentaire trouvent leur place.
Films nationaux et internationaux, documentaires musicaux, œuvres à impact ou encore créations francophones se sont ainsi partagé l’affiche, confirmant l’ambition du festival de faire dialoguer les regards, les générations et les écritures. Une manière de rappeler que le documentaire, loin d’être un genre figé, sait se réinventer.
Si le Fipadoc regarde le monde contemporain droit dans les yeux, il n’en oublie pas pour autant ce qui le fonde : la transmission. Fort du succès de son édition 2025, qui avait rassemblé plus de 44 000 spectateurs et 2 600 professionnels accrédités, le festival a poursuivi son travail de passeur d’images, convaincu que la culture se partage comme une mémoire collective.
Cette volonté s’est notamment traduite par l’évolution du Fipadoc Campus. Avec la création de la Semaine d’Avant, le festival a investi, en amont, les salles de cinéma des Pyrénées-Atlantiques pour aller à la rencontre des scolaires, de la primaire au lycée. Cinq jours de projections et d’échanges ont permis d’offrir une seconde vie à des films marquants des éditions précédentes, prouvant que certaines œuvres, comme les grands témoins, gagnent à être revues et transmises.
Regards ibériques et horizons européens
Marque de fabrique du festival, le Focus Territoire pour l'année 2026, met à l’honneur l’Espagne et le Portugal. En consacrant une partie de sa programmation à ces deux pays, le Fipadoc renforce sa dimension européenne et affirme son rôle de trait d’union entre les cinématographies documentaires. Ce focus permettra de découvrir des films et des projets portés par des professionnels ibériques, tout en nourrissant les échanges au sein du Fipadoc Pro.
Derrière l’écran, le Fipadoc Pro continue de jouer son rôle de moteur pour l’industrie documentaire. Premier grand rendez-vous professionnel de l’année, il réunira à Biarritz la communauté française et européenne du secteur, du 26 au 29 janvier 2026. Auteurs, réalisateurs, producteurs, diffuseurs et partenaires institutionnels s’y retrouveront pour échanger, débattre et façonner les histoires de demain.
Au fil des rencontres, des conférences et des sessions de travail, le Fipadoc Pro confirme sa capacité à accompagner les projets sur la durée. Ici, on ne parle pas seulement d’images, mais de parcours, de carrières et de transmissions. Un espace où l’expérience des anciens nourrit l’élan des nouveaux venus, dans un dialogue intergénérationnel propre au documentaire.
Immersion, séries et jeunesse
Le festival n’oublie pas non plus d’explorer les nouvelles écritures. Avec Smart Biarritz Immersive, le Fipadoc proposera un espace dédié aux réalités virtuelles, augmentées et aux narrations interactives. Ces expériences offrent aux spectateurs une autre manière d’entrer dans le réel, en brouillant les frontières entre cinéma, jeu vidéo et création numérique.
Les séries documentaires trouvent également leur place, projetées dans leur intégralité pour permettre une immersion totale. Des récits au long cours, pensés comme de véritables sagas du réel, où l’enquête se déploie avec la patience et la précision d’un travail d’orfèvre. Enfin, avec Docs4Teens, le Fipadoc poursuit son engagement auprès des jeunes publics, en créant des ponts entre les jeunesses européennes et le documentaire.
Quant à l’affiche de cette 8e édition, elle incarne, à elle seule, la quintessence du Fipadoc. Signée par la photographe canadienne Adrienne Surprenant, elle est issue d’un reportage consacré aux conséquences du réchauffement climatique au Soudan du Sud. En choisissant cette image forte, le festival réaffirme son engagement en faveur de l’environnement et son attachement à un documentaire qui témoigne, alerte et questionne.
Les histoires vraies comme horizon commun
« Nous croyons aux histoires vraies », rappelle Anne Georget, présidente du Fipadoc. Une profession de foi qui résume l’esprit du festival. « Histoires d’ici et d’ailleurs, simples et extraordinaires, courageuses et surprenantes, des histoires de rires et de larmes, des histoires qui ouvrent les yeux sur celles et ceux qui nous entourent, des histoires qui changent le monde, des histoires inspirantes et inoubliables. Nous croyons au documentaire. »
Sébastien Soumagnas





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