Certains d'entre vous ne le savent peut-être pas, mais le recyclage des bouteilles de verre, aujourd'hui réflexe d'avenir... a déjà eu son heure de gloire, il y a une cinquantaine d’années. Alors que la lutte contre les déchets plastiques et le suremballage semble être une préoccupation résolument moderne, une idée simple et vertueuse refait surface sur le territoire du Sud Aquitaine : la consigne.
Loin d'être une nouveauté, ce système de réemploi des bouteilles et bocaux était pourtant une pratique courante et ancrée dans le quotidien des Français durant les décennies 1970 et 1980. Aujourd'hui, porté par un élan écologique et une volonté de relocalisation, ce modèle oublié renaît de ses cendres grâce à des initiatives locales comme celle de l'association Les Retournées. Basée à Lahonce (64), cette structure pilote le projet Bilboko, un système local de réemploi des contenants en verre qui trie et lave les contenants en verre utilisés afin de les remettre à disposition des producteurs locaux, qui peuvent ensuite les remplir à nouveau et les proposer à la vente dans vos magasins habituels.
Le verre remis dans la boucle
Derrière ce projet se cache une ambition claire, à savoir remettre le verre en circulation plutôt que de le voir devenir un déchet après un seul usage. Avec Bilbôko, l’objectif est de construire une véritable filière territoriale de réemploi des emballages alimentaires. Le principe repose sur une mécanique simple mais efficace : un bocal utilisé n’est plus considéré comme un produit jetable, mais comme une ressource qui peut servir plusieurs fois.
Depuis 2024, l’association Les Retournées travaille à structurer cette boucle locale en rassemblant autour d’elle différents acteurs du territoire. Producteurs agroalimentaires, magasins de grande et moyenne distribution et boutiques de producteurs ont été associés à une phase d’expérimentation menée pendant près de deux ans. Ce travail a permis de tester concrètement l’ensemble du circuit de réemploi et d’en valider les différentes étapes.
À la fin de l’année 2025, le projet Bilbôko compte déjà une dizaine de producteurs locaux et plusieurs magasins partenaires, parmi lesquels des enseignes de grande distribution comme Carrefour et Intermarché. D’autres acteurs devraient rejoindre l’initiative dans les prochains mois, notamment des producteurs de boissons conditionnées en bouteilles de verre comme les jus de fruits, les bières ou encore le kombucha.
Un circuit presque parfait
Le fonctionnement de la boucle de réemploi repose sur une organisation bien huilée. Les bocaux utilisés par les consommateurs sont d’abord collectés dans les magasins partenaires. Une fois récupérés, ils sont acheminés vers l’unité de lavage installée à Lahonce, où ils sont triés, nettoyés et contrôlés avant d’être remis en circulation.
Cette étape est essentielle pour garantir la qualité sanitaire des contenants. Chaque pot ou bouteille passe par un processus de lavage et de vérification rigoureux avant de retrouver une nouvelle vie chez un producteur local. Celui-ci peut ensuite le réutiliser pour conditionner ses produits alimentaires.
Ce système permet par exemple de réemployer certains pots de 400 grammes utilisés par Bastidarra, qui participent au projet. Une fois lavés et contrôlés, ces bocaux peuvent être remplis à nouveau et remis en rayon, réduisant ainsi l’impact environnemental lié à la production de nouveaux emballages.
Quand l’économie circulaire prend racine localement
Au-delà du simple geste écologique, le projet Bilbôko illustre la montée en puissance d’une économie circulaire ancrée dans les territoires. En favorisant le réemploi plutôt que le recyclage systématique, l’initiative permet de limiter la consommation d’énergie et les ressources nécessaires à la fabrication de nouveaux emballages.
Le réemploi du verre contribue également à réduire les émissions de CO₂ et la quantité de déchets orientés vers les filières traditionnelles de traitement. Mais ses effets ne se limitent pas à l’environnement. Le développement d’une filière locale génère aussi des retombées économiques et sociales pour le territoire.
La gestion de la collecte, du lavage et de la remise en circulation des emballages nécessite en effet une organisation humaine et technique qui crée des emplois locaux non délocalisables. Cette dynamique participe également à soutenir les producteurs engagés dans des démarches plus durables et à valoriser les ressources déjà existantes.
Une consigne qui revient en rayon
L’automne 2025 marque une étape importante pour le projet avec l’arrivée d’un nouveau dispositif dans les magasins partenaires. Jusqu’alors basé sur l’apport volontaire des contenants par les consommateurs, le système évolue progressivement vers une collecte sélective accompagnée d’un dispositif de consigne.
Dans les rayons des magasins de producteurs ou des grandes surfaces participantes, les consommateurs peuvent désormais repérer les produits concernés grâce à une signalétique spécifique. Une fois le produit consommé, le bocal ou la bouteille peut être rapporté en magasin afin d’intégrer à nouveau la boucle de réemploi.
Cette évolution vise à simplifier le geste pour les consommateurs tout en augmentant le volume d’emballages récupérés. Plus les bocaux reviennent dans le circuit, plus la boucle devient efficace.
Changer d’échelle pour boucler la boucle
L’année 2025 constitue une période charnière pour Bilbôko. Le projet est désormais déployé dans plusieurs magasins Carrefour, Intermarché et dans des boutiques de producteurs réparties sur les départements des Pyrénées-Atlantiques, des Landes et des Hautes-Pyrénées.
L’objectif est désormais de passer à une phase d’extension en 2026. Cette montée en puissance doit permettre de consolider l’ensemble de la chaîne de réemploi, depuis la production alimentaire jusqu’à la collecte en magasin, en passant par le lavage et la redistribution des emballages.
Dans ce système circulaire, chaque maillon joue un rôle précis. Les producteurs remplissent les bocaux, les magasins assurent leur mise en vente et leur collecte, l’association organise leur lavage et leur remise en circulation, tandis que les consommateurs participent activement en rapportant leurs contenants.
Le consommateur, dernier maillon de la chaîne
Au cœur de cette mécanique circulaire, le rôle du consommateur reste, vous l'aurez compris, déterminant. En rapportant ses bocaux et ses bouteilles dans les magasins partenaires, chacun peut contribuer à faire vivre ce système de réemploi.
Le geste peut sembler anodin, mais il permet de prolonger la durée de vie d’un emballage et d’éviter la fabrication d’un nouveau contenant. Une manière simple de participer à une dynamique collective qui, bocal après bocal, tente de réduire l’empreinte environnementale de notre alimentation.
Avec Bilbôko, le verre ne se contente plus d’être recyclé : il recommence tout simplement sa tournée. Et dans le Sud de l'Aquitaine, cette vieille idée remise au goût du jour pourrait bien devenir l’une des clés d’un avenir plus circulaire.
Sébastien Soumagnas



Bilboko DR

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