Sous ses doigts, une carcasse d’abat-jour oubliée devient une pièce de collection, prête à traverser les générations. Pourtant, rien ne prédestinait cette ancienne étudiante en sciences à devenir une artisane de la lumière.
Le parcours d’Annaëlle est celui d’une quête de sens. Après ses études, elle explore le développement web, puis la décoration d’intérieur avant de trouver sa véritable voie.
« C’est en cherchant des idées de décoration sur internet que je suis tombée un peu par hasard sur les comptes de créatrices d’abat-jours de luxe. Elles montraient leur travail et les méthodes qu’elles utilisaient et ça m’a tout de suite plu », retrace la jeune femme originaire de Bretagne.
Le coup de foudre est immédiat. « Je n’avais jamais eu de passion aussi dévorante pour quelque chose, j’y pense tout le temps. Faire un métier d’art est une réelle fierté pour moi, mais mon but est aussi de transmettre ma passion pour les objets anciens et rencontrer des personnes qui partagent le même amour pour ces antiquités », confie-t-elle avec enthousiasme.
Autodidacte et curieuse de tout, elle s'imprègne des techniques traditionnelles pour travailler des matières nobles : satin, dentelle, mousseline et soie. C’est ainsi qu’est née L’Héritière des Belles Ombres, en novembre 2025.
Ce nom est un hommage poétique à l'héritage des objets qu’elle rénove, réinvente ou créé, mais aussi un clin d’œil à la passion pour les antiquités que son père lui a transmise.
Annaëlle aime aussi jouer avec cette ambivalence : « J’aime être dans l’ombre, créer une atmosphère particulière dans mon atelier. Ça fait partie de moi. Et puis, il n’y a pas de lumière sans ombres », explique-t-elle.
Un engagement contre le "tout-jetable"
À l'heure où notre société s’essouffle dans une course effrénée à la surconsommation, l'Héritière des Belles Ombres choisit de faire un pas de côté radical. Ses interventions sont un véritable pied de nez à la surconsommation. Pour elle, la lumière ne vient pas de l'usine, mais de l'âme d'un objet que l'on choisit de chérir toute une vie..
Véritable touche-à-tout, elle s'épanouit dans le travail manuel pour redonner vie à des objets oubliés.
Plutôt que de céder à la production de masse d'objets interchangeables et programmés pour l'oubli, Annaëlle redonne ses lettres de noblesse à la récupération et à la transmission. Pour elle, chaque lampe raconte une aventure, parfois très personnelle.
L’histoire comme matière première
Ce qui passionne avant tout celle qui se définit comme une dénicheuse de trésors c’est l’histoire qui se cache derrière les vieux objets qu’elle chine sans relâche dans les brocantes, vide-greniers et autres plateformes.
« J’ai toujours vécu au milieu de vieux objets, que ce soit des commodes, des tables ou de grands meubles des grands-parents ou arrière-grands-parents. Ce sont de beaux objets, qui ont une authenticité folle ! J’essaye toujours d’en savoir plus sur l’histoire des objets que j’achète, et c’est souvent passionnant ».
L’activité d’Annaëlle est jalonnée de rencontres marquantes, à commencer par sa toute première vente. Un collectionneur bordelais d’une soixantaine d’années, aujourd'hui fidèle client, a été le premier à succomber à l'une de ses pièces les plus audacieuses : un buste de femme blanc avec un abat-jour en dentelle noire.
Cette création n'était pas qu'une simple lampe, elle incarnait une dualité profonde, oscillant entre mélancolie et colère. « L’idée était de donner vie à ce sentiment : une fois allumée, la lampe diffusait une lumière rouge intense, transformant la tristesse apparente en une présence vibrante », confie la créatrice.
Touché par cette mise en scène, le collectionneur y a trouvé un écho à ses propres tourments familiaux. « Il m’a raconté qu’il avait des relations difficiles avec ses enfants et ses autres problèmes personnels. Il a fini par me confier que cet objet de caractère lui apportait beaucoup de réconfort. Pour moi, savoir que mon œuvre dépasse la fonction décorative pour toucher l'âme est le plus beau des accomplissements ».
Si elle travaille aujourd'hui à domicile, le talent d’Annaëlle rayonne déjà bien au-delà des frontières du Béarn. Ses créations séduisent des clients jusqu'au Danemark et aux États-Unis.
Mais la jeune femme ne compte pas s'arrêter là. À plus long terme, Annaëlle aimerait étendre son savoir-faire aux meubles anciens, aux lustres et autres luminaires, tout en envisageant l'ouverture d'ateliers individuels au cœur de Pau.
Noémie Besnard
COUPS DE POUCE
Annaëlle Emery ne répare pas de simples lampes, elle veille à ce que la flamme du passé ne s'éteigne jamais. Bien qu’elle travaille aujourd’hui le plus souvent avec des particuliers, elle cherche à collaborer avec des hôteliers et restaurateurs pour apporter un supplément d’âme à leurs établissements.
Vous pouvez suivre les aventures d’Annaëlle via son compte Instagram (@lheritierelesbellesombres) ou la contacter par mail pour une demande de collaboration.



N.B

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