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CEUX QUI FONT NOTRE PAYSDidier Laporte avec toujours un car d’avance pour anticiper les opportunités

Le fondateur du Groupe CarAlliance et président de la CCI Pau Béarn est toujours en mouvement afin de réussir les transformations incessantes qui sont le quotidien du monde de l’entreprise.
CEUX QUI FONT NOTRE PAYS – Didier Laporte avec toujours un car d’avance pour anticiper les opportunités
A 58 ans, Didier Laporte ne passe pas son temps à contempler le chemin parcouru. Le dirigeant béarnais veut sans cesse préparer demain avec pragmatisme et de manière efficace. Rencontre…

À l’origine transporteur emblématique de la plaine de Nay, le groupe CarAlliance rayonne désormais sur l’ensemble du Béarn et des Hautes-Pyrénées en ayant rassemblé de nombreuses entités locales autour de lui. « Je prends toujours autant de plaisir à piloter cette entreprise familiale qui a multiplié son activité par 10 en moins de 30 ans en s’élargissant à de nombreux métiers, avec une volonté permanente d’aller de l’avant » sourit Didier Laporte.
 
On sent chez lui beaucoup d’émotion quand il évoque le parcours de ses parents qui se sont rencontrés à Artiguelouve où leurs deux familles avaient des fermes voisines, même si sa mère était originaire d’Estaing en Bigorre. Hilaire Laporte, mécanicien à Pau puis à Nay, a saisi l’occasion d’acheter une entreprise de transports en 1970. « J’avais 2 ans. On a déménagé à Mirepeix puis à Asson. Ma mère a alors passé son permis pour pouvoir conduire des cars. J'ai vu mes parents travailler comme des dingues toute mon enfance et toute mon adolescence ».
 
Véritable autodidacte, Hilaire Laporte a très vite senti que le transport aurait une place importante à jouer, notamment dans le cadre des intercommunalités à peine naissantes. Il avait aussi la vision que ce secteur devrait inévitablement s'engager vers des opérations de concentration. « Il a ainsi repris les transports Marancy, à Ferrières, au pied du col du Soulor. Et dès 1979, il s’est associé avec l’entreprise Hauret pour créer les Transports Laporte-Hauret, basés à Lagos à partir de 1984. Mon père était un ambitieux raisonné et pragmatique ».

À l'Armée, en médecine ou dans le commerce ?

Le jeune Didier, après être passé par le collège de Bétharram, a rejoint le Prytanée, le lycée national militaire de La Flèche. « Il y avait alors quelques places ouvertes aux civils, sur concours. À cette époque-là, je voulais embrasser une carrière dans l’Armée de l’air et faire une école d’officier. Mais finalement, je me suis mis à hésiter avec d’autres voies ».
 
Le commandant de compagnie du lycée a été catégorique en recevant ses parents : « Médecine ? ce n'est pas fait pour lui. L'Armée non plus. Il faut qu’il fasse du commerce, c'est son domaine ». C'est ainsi que Didier a changé son fusil d’épaule, avec une envie d’entreprendre de plus en plus affirmée. Puis, l’idée de rejoindre l’entreprise familiale a fait son chemin.
 
Études à l'IFSAC à Pau, puis à la fac dans le domaine de la logistique et de la réglementation des transports, un contrat de qualification permettant de mettre un pied dans la société avant le service militaire… le chemin était balisé vers l’aventure entrepreneuriale en Béarn, comme une évidence.
 
« Pourtant, mon père a souvent cherché à me dissuader de le rejoindre. Était-ce au contraire une stratégie pour m'y intéresser un peu plus, connaissant mes traits de caractère ? Je ne le saurai jamais, même si je peux le deviner… »
 
L’entreprise Laporte-Hauret n’était pas vraiment structurée et ses parents menaient une vie de folie, 7 jours sur 7. « Je me suis d’abord dit que si c’était pour avoir cette vie-là, pas question. C’était un sacerdoce, quelque chose juste invivable. Mais parallèlement, j’ai découvert l’intérêt du secteur des transports et pris conscience qu’il y avait beaucoup à faire » s’enflamme le président de CarAlliance. « J’ai mis le doigt dans l'engrenage. Je me suis fait happer… avec grand plaisir. Aujourd'hui, je ne le regrette absolument pas, comme je ne regrette pas d’avoir fait tout mon parcours dans la même entreprise ».
 
Marié depuis 1994 avec Nadège, Didier est l’heureux père de trois filles. Si Virginie et Marina ont ouvert un cabinet de kiné à Coarraze, épaulées par leur mère côté secrétariat médical, la plus jeune Léa semble partie pour rejoindre son père dans CarAlliance. Elle a commencé un Master en management à Toulouse Business School, et devrait faire sa 2e année à Barcelone. « Pour l’anecdote, alors qu’elle était toute petite et que je travaillais sur des gros marchés. Un matin, en me voyant anxieux, elle me dit : ‘Papa, tu crois que plus tard je saurai faire les appels d'offres ?’ Le ton était donné… »

Le réseau enclenche la vitesse supérieure

« Je me suis rapidement épanoui dans l’entreprise parce que j'ai eu la chance que mon père me transmette une société qui avait déjà le regard tourné vers l'avenir et une forte culture interne » ajoute Didier Laporte avec émotion. En 1999, il y avait 25 cars et environ 25 personnes. Aujourd’hui, le réseau qui a donné naissance au Groupe béarnais rassemble 260 collaborateurs transports et possède quelque 250 cars.
 
Au fil des ans, plusieurs entreprises ont rejoint l’aventure. « Avec la reprise des Transports Lacoste à Igon, nous avons d’abord créé CarAlliance Pyrénées. Une autre étape importante a été l’achat de la société ACTL à Lourdes, en 2001. Puis, nous avons voulu structurer cet ensemble d’entités avec une vision de groupe afin de le simplifier et de le rendre plus efficace. Ainsi en 2012, nous avons donné un coup d’accélérateur avec la consolidation du nouveau CarAlliance ».

Depuis le groupe s’est encore étendu avec les Cars Carpy (Pontiacq Viellepinte), les Transports Lacombe (Tournay), les Voyages Claverie (Castetnau-Camblong), Béarn Pyrénées Voyages (Pardies), les Cars Grille (Serres-Castet)… Clairement, Didier Laporte a montré sa capacité à repérer des entreprises pouvant s’intégrer dans un ensemble cohérent et à faire preuve d’un réel talent pour les amener, chacune, à trouver un équilibre financier, voire même à les rendre économiquement viables et pérennes.

Tous les domaines du transport de personnes sont couverts, à l’exception de celui des lignes régulières de cars librement organisées. « Je n’y ai jamais cru, c'est un domaine très concurrentiel. Le nombre de lignes s'est déjà sacrément resserré pour finalement ne fonctionner que sur des corridors à très fort potentiel. Ce que nous n’avons pas ici ».
 
La palette des services est large : du transport scolaire en passant par la ligne régulière urbaine (exemple, le réseau urbain de Lourdes), le transport de personnels pour des grandes entreprises (Safran Helicopter Engines, Arkema…), ou encore les transports à la demande pour les communes et intercommunalités, les sorties scolaires, les déplacements pédagogiques, culturels, sportifs… Il faut également ajouter les activités de voyages pour différentes catégories, comme les seniors, pour le tourisme et l’agence de voyage. « Cette grande variété de métiers et de compétences génère une attractivité précieuse pour le groupe ».
 
La dimension humaine de CarAlliance est majeure, avec des activités aussi variées, le plus souvent soumises à de grandes exigences, ne serait-ce qu’au niveau des horaires et d’une couverture de besoins 7 jours sur 7. Les métiers sont nombreux et l’on ne mesure pas toujours ce que certaines fonctions signifient. Ainsi, le conducteur d’un car n’est pas un simple chauffeur. Il est amené le plus souvent à s’investir dans la relation avec les clients.
 
La formation est évidemment l’une des priorités. Elle commence par exemple avec des jeunes dans le cadre du GEIQ mobilité Nouvelle-Aquitaine, présidé par Julien Capdevielle, l’adjoint de Didier Laporte. Ce groupement d'employeurs pour l'insertion et la qualification a mis en place un dispositif vertueux qui favorise une bonne intégration de  personnes sans qualification dans l’entreprise avec un accompagnement solide sur 14 mois : une véritable académie pour la profession contribuant à répondre à la tension sur les recrutements.
 
Les initiatives de CarAlliance sont particulièrement nombreuses, avec toujours la volonté d’innover et d’avoir une longueur d’avance. Cela en élargissant le champ des métiers, tout en s’engageant avec conviction dans la transition écologique, comme avec l’ouverture de la première station GNV privée sur le bassin de l’Adour et l’utilisation du Bio-GNV.
 
Informations sur le Groupe CarAlliance, cliquez ici

DR-

Oeuvrer dans l’intérêt général…

« Je suis tombé tout petit dans les mandats professionnels. Mon père a toujours eu la fibre de l'intérêt général. Il a notamment été président du Syndicat des transporteurs mais aussi premier adjoint de sa commune, Asson. C’est assez naturellement, que j’ai pris à mon tour des engagements. Que ce soit au niveau de ce syndicat (président de 2004 à 2025) ou au sein du Conseil des prud’hommes : j’ai prêté serment en 2001 et j’ai exercé des mandats pendant 15 ans » précise Didier Laporte.
 
Parallèlement, l’entrepreneur béarnais est élu à la Chambre de commerce et d’industrie Pau Béarn depuis 2004. Trésorier 3 ans plus tard, il est devenu président en 2016. Un parcours qui lui a permis d’engranger une parfaite connaissance de l’institution. « C'est un mandat à travers lequel je prends énormément de plaisir parce qu’il est concret et qu’il permet d’agir aussi bien pour le développement économique du territoire que de l'accompagnement des entreprises ».
 
Le baromètre de satisfaction mis en place au niveau des CCI et réalisé par un organisme indépendant, est un outil indispensable pour mesurer l’utilité réelle de l’institution consulaire. « Cela nous pousse à progresser en permanence, à réinventer nos activités et nos fonctionnements. C’était indispensable tellement l’image de nos Chambres était dégradée, au point qu’il a été question de les supprimer. Paradoxalement, la pandémie de covid a illustré notre rôle fondamental d’intermédiaire de proximité entre les services de l’Etat et les entreprises » précise avec gravité Didier Laporte.
 
« Si nous avons été malmenés, c'est peut-être parce qu'on avait oublié en partie nos missions initiales ainsi que le texte fondateur des Chambres de Commerce à l'époque napoléonienne : elles sont des foyers de lumière destinés à éclairer le gouvernement sur l'état et les besoins de l'industrie. Nous avons été mis au pain sec et à l'eau. Nous avons traversé des périodes très douloureuses. Mais comme je suis un éternel optimiste, qui veut saisir des opportunités à chaque fois qu'il y en a, j'ai voulu faire de ces contraintes une opportunité. Nous avons aujourd’hui une CCI complètement renouvelée dans son fonctionnement et renforcée par de nouvelles compétences » s’enflamme le président.

Des porte-voix engagés…

La CCI Pau Béarn veut dépasser son rôle de simple accompagnateur, pour s’imposer comme un acteur indispensable afin de contribuer à accélérer le développement économique. Ainsi, elle est désormais sollicitée pour des études complexes permettant de passer des caps stratégiques avec succès, tant par des entreprises que par des collectivités locales. Pour ces dernières, l’exemple de Sauvagnon est très parlant. La CCI a apporté aux élus un éclairage très pointu pour prendre les bonnes décisions afin de rendre encore plus dynamique cette commune au carrefour de l’agglomération paloise et du monde rural : à la fois ville dans la campagne et campagne dans la ville.
 

Sur de nombreuses autres problématiques fondamentales, la chambre consulaire a des missions essentielles à assurer, comme au niveau de la transmission d’entreprise avec des enjeux de souveraineté, de préservation des savoir-faire, voire même patrimoniaux et territoriaux. « Une entreprise, quelle que soit sa taille, qui ferme son rideau, c'est forcément un coup dur pour la vitalité du lieu où elle est implantée » insiste le président. De plus en plus, l’institution doit concilier ses missions de service public gratuites et des prestations payantes apportant une valeur ajoutée et une véritable utilité.
 
« Nous avons fait face à une intention, clairement affirmée, de supprimer les CCI locales, jugées inutiles. Nous avons pris les choses en main de manière très volontariste. La transformation est plutôt réussie, même s’il reste beaucoup à faire » se réjouit Didier Laporte.
 
« C'est un mandat sur lequel je m'éclate, parce que je fais ce que j'aime faire. Je parle économie, je réfléchis politique économique, un domaine qui me passionne. La CCI est un corps intermédiaire et nous devons être quelque part des porte-voix engagés. C'est en tout cas ce que j'essaie de faire à chaque fois que je rencontre des représentants de l'État ou du monde politique » martèle le président de la CCI Pau Béarn. « Nous avons la crédibilité et la légitimité nécessaires parce que nous sommes élus par les entrepreneurs du territoire. A nous de contribuer à faire avancer notre Béarn, avec un engagement déterminé ».
 
Informations sur la CCI Pau Béarn, cliquez ici

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