Abonnez-vous
Publié le

ICI, ON PRODUIT LA VIEQuand la mécanique de précision fait tourner les fabrications locales

À Hendaye, l'atelier familial Uzitek produit des pièces que personne ne voit… mais dont l’industrie ne peut se passer. La PME, créée par Jacques Battiston et co-dirigée avec son fils Thomas, est un maillon indispensable au Pays Basque.
Thomas et Jacques Battiston, co-gérants d'Uzitek à Hendaye
Uzitek DR
Cette entreprise s’inscrit pleinement dans le mouvement inédit que PresseLib’ Pays Basque initie : « ICI, on produit la vie », pour mettre en avant chaque mercredi les femmes et les hommes qui produisent ICI et qui produisent ainsi de la vie ICI

Dans la zone des Joncaux, à Hendaye, les machines tournent et la matière se transforme. Derrière ces portes d’atelier se fabrique une industrie discrète mais essentielle. Chez Uzitek, la mécanique de précision est au cœur de l’activité : tournage, fraisage, fabrication d’outillages ou de pièces techniques destinées à l’aéronautique, au médical, au nautisme ou encore à l’industrie générale.

Des pièces que le grand public ne voit presque jamais… mais sans lesquelles de nombreux secteurs ne pourraient tout simplement pas fonctionner. « Notre métier consiste à fabriquer les pièces ou les outils qui permettent de produire d’autres objets. Derrière chaque appareil ou objet du quotidien, il y a forcément une fabrication industrielle », explique Jacques Battiston, fondateur de l’entreprise.

Créée en 2007 sous le nom de JB Méca, l’entreprise a progressivement grandi pour devenir Uzitek en 2023, après la fusion de plusieurs ateliers et le regroupement des équipes dans un nouveau bâtiment à Hendaye.

Produire ici, un choix assumé

L'atelier d'Uzitek
Uzitek DR

Pour Jacques Battiston, produire au Pays Basque n’a jamais été un hasard. C’est un choix. « Pour moi, il était important d’être au Pays Basque, de fabriquer au Pays Basque et de pouvoir s’y pérenniser. Développer une activité économique ici, c’était essentiel. »

Cet attachement au territoire est aussi une manière de préserver un savoir-faire industriel. « Nous faisons en sorte de développer l’emploi local et de maintenir ce savoir-faire dans notre métier. Sinon, il aura tendance à partir ailleurs. Parfois simplement vers d’autres régions françaises, mais parfois beaucoup plus loin. »

Dans un secteur très concurrentiel, rester ancré localement signifie aussi s’inscrire dans un réseau industriel régional. Selon Thomas Battiston, co-gérant de l'entreprise, « nous essayons de travailler en circuit court. Entre le Pays Basque sud, Pau, Bordeaux ou Toulouse, on arrive à trouver la plupart de nos fournisseurs, que ce soit pour la matière première ou pour certains traitements industriels. »

Une histoire d’atelier devenue entreprise

L’aventure Uzitek commence modestement. En 2007, Jacques Battiston lance son activité seul, à Jalday, près de Saint-Jean-de-Luz.

Très vite, un premier salarié le rejoint. Puis son fils Thomas arrive en 2011, après des études en génie mécanique. « Nous nous sommes retrouvés à trois pendant quelque temps. Et assez rapidement, une opportunité s’est présentée : nous avons racheté une petite société à Biarritz, ce qui nous a permis d’acquérir nos deux premières machines numériques. »

Ce tournant marque une nouvelle étape dans le développement de l’entreprise. « Grâce à ces machines, nous avons pu réaliser des pièces plus complexes et accepter davantage de volumes. L’activité s’est développée et nous avons embauché » explique Thomas.

Outillage pour Dassault

Au fil des années, d’autres opportunités apparaissent, notamment avec la reprise d’un atelier dont le dirigeant part à la retraite.

Pendant un temps, l’entreprise fonctionne alors sur deux sites distincts. Jacques Battiston détaille « nous avions deux petites unités de cinq ou six personnes. Ce n’était pas très pratique. Nous avons donc décidé de regrouper toutes les équipes ici, à Hendaye, et de créer Uzitek. »

Un regroupement qui marque une nouvelle phase de croissance. « À partir de là, l’entreprise a été perçue différemment, notamment par l’ampleur du parc machines et des moyens humains. »

Ces pièces invisibles qui font tourner l’industrie

La mécanique de précision reste un univers largement méconnu du grand public. « Notre métier est très peu connu parce que le travail se fait à l’intérieur de l’atelier et reste peu visible », reconnaît Jacques Battiston.


Pourtant, ces PME jouent un rôle clé dans de nombreux secteurs industriels. « Quand on pense à Airbus ou à Dassault, on imagine souvent qu’ils fabriquent eux-mêmes toutes leurs pièces. En réalité, ils s’appuient énormément sur un réseau de PME. Si on retirait tout ce tissu d’entreprises qui travaillent pour eux, ce serait très compliqué. Nous collaborons aussi avec des entreprises locales comme Emeca et Lecomble&Schmitt, du groupe Artzainak. »

Une pièce pour l'aéronautique

Dans l’atelier Uzitek, on fabrique ainsi des outillages industriels, des supports, des moules ou des pièces mécaniques intégrées dans des ensembles plus complexes. Thomas explique « nous produisons souvent des pièces que le public ne verra jamais, parce qu’elles sont intégrées dans des systèmes plus grands. Mais elles sont indispensables. »

Pour continuer à produire localement, l’innovation reste un enjeu permanent.

Ces dernières années, Uzitek a engagé une transformation importante : modernisation des machines, digitalisation des processus et mise en place d’un nouvel ERP pour piloter la production. « Autrefois, précise Jacques Battiston, un client nous envoyait un plan papier par fax. Aujourd’hui, nous recevons directement un fichier 3D. Nous devons donc investir dans des logiciels capables de traiter ces données et de générer les programmes d’usinage. »

Cette évolution technologique permet à l’entreprise de rester compétitive dans un environnement international très concurrentiel. « Nous sommes en permanence en concurrence avec d’autres industriels. L’automatisation et la modernisation nous permettent de gagner en productivité, de réduire les défauts et de maîtriser les coûts et les délais. »

Attirer les jeunes vers l’industrie

Autre enjeu majeur : la transmission et le renouvellement des compétences. « Nos métiers ne sont pas visibles. Nous ne sommes pas en vitrine, nous sommes dans des ateliers », observe Thomas Battiston.

Pour attirer les jeunes, Uzitek mise sur la pédagogie et la modernisation de l’environnement de travail. « Nous expliquons aux jeunes qu’on part d’une matière brute pour la transformer en une pièce finie qui aura une fonction précise. Quand ils comprennent cela, cela les interpelle. »

L’image de l’atelier évolue également. « Aujourd’hui, on trouve des écrans partout, des machines numériques, de la robotisation. Il faut sortir de l’image de l’atelier sombre et sale. Ce sont des métiers techniques et informatisés. » Pour Thomas Battiston, cette transformation rapproche désormais production et ingénierie. « La frontière entre production industrielle et ingénierie se réduit de plus en plus. »

Si produire au Pays Basque reste possible, certains obstacles persistent. Le premier concerne le logement. Et Jacques Battiston peut en témoigner. « Nous avons recruté des jeunes qui ne sont pas originaires de la région. Très vite, la question du logement arrive. Le prix du foncier et la difficulté à se loger sont de véritables freins. »

Cette situation oblige parfois les salariés à s’éloigner du lieu de travail. « Cela entraîne des problèmes de transport et complique le recrutement. »

Autre enjeu : l’image des métiers industriels. « Ils sont souvent perçus comme pénibles ou peu valorisants. Il faudrait mieux les présenter aux jeunes et ouvrir davantage les entreprises aux scolaires. »

Rendre visible ceux qui produisent

Pour Thomas Battiston, donner la parole aux entreprises industrielles reste essentiel. « Ce n’est pas seulement parler d’économie. C’est aussi parler de ce qui fait vivre un territoire. » Car derrière chaque atelier se joue aussi une part de la vitalité locale. « Produire ici, au Pays Basque, c’est maintenir l’emploi, les familles et une forme de richesse locale. »

Et dans cette mécanique collective, chaque entreprise compte. « Beaucoup de gens ne connaissent pas nos métiers, ni les contraintes auxquelles nous faisons face. Pourtant, ce sont toutes ces entreprises qui contribuent à faire vivre l’économie du territoire. »

À Hendaye, chez Uzitek, la matière brute continue donc de se transformer chaque jour en pièces de haute précision. Un travail discret, mais essentiel. Car sans production, il n’y a tout simplement pas de vie économique.

Sébastien Soumagnas

ICI, on produit la vie

Chaque mercredi, au minimum, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.

Pour découvrir, les articles déjà publiés dans cette rubrique, cliquez ici

Au sommaire de Ici, on produit la vie

  • Un rendez-vous hebdomadaire inédit pour défendre les métiers de production

  • Artzainak à Mauléon : les bergers d’une production indépendante

  • La Ferme Elizaldia : au cœur de Gamarthe, l’agro-pépite se bâtit de génération en génération

  • Créer une nouvelle dynamique autour de la fierté « industrielle »

  • Boulangerie du Moulin à Mauléon

  • Lynxter façonne l'avenir en 3D

  • L’IzarFamily invente une dimension humaine pour les télécoms et le numérique

  • Erro, quand la maroquinerie fait vivre un atelier, un village, un pays

  • Alki : des racines et des ailes

  • Itsalga, quand la mer nourrit la terre

  • Tannerie Carriat : le cuir solide et la créativité éclatante

  • SEI, le numérique made in Pays basque

  • Resak : le design naît du recyclé

  • Arsène, l’espadrille retrouve ses pas à Mauléon

  • Du garage à la pasta factory : la success story d’Irina

  • La maison Pascal Massonde cultive le goût de ses terres

  • Egiazki, la jeunesse basque qui entreprend ici

  • Antoine Maury et Zanzibar, à contre-courant des délocalisations

  • Port de Bayonne : quand l’industrie navigue vers le futur

  • BiPiA, quand l’artisanat nourrit l’économie basque

  • Comment le CETIA fait entrer le textile en économie circulaire

  • BioclimaKit, quand le compost fait repousser l'idée de produire localement

  • Kollect Tech transforme les toilettes en filière d’avenir

  • Le Béret Français : du fil au produit fini, du geste à l’avenir

  • Synelis et Olivier Neys au cœur des réseaux essentiels

  • Montrer, transmettre, fabriquer et... donner du sens

  • Epta fabrique à Hendaye des vitrines réfrigérées pour le monde entier

  • Quand l’océan inspire un projet industriel porteur de sens

  • Sokoa, l’industrie basque qui mise sur l’humain et le territoire

Les clefs de l'éco

  • Chiffre d’affaires ou bénéfice ?

  • La dette ou les dettes

  • L’investissement c’est quoi ? Et à quoi ça sert ?

  • Le besoin de financement d’une entreprise

Un défi majeur à relever ensemble…



Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.



Tous méritent d’être encouragés.

A travers cette rubrique « ICI, on produit la vie », PresseLib’ veut animer une communauté, en favorisant des solidarités, en encourageant la partage d’expériences, en incitant aux transmissions, en faisant bouger les lignes, en faisant émerger des solutions nouvelles… Bref, en créant une dynamique inédite.

Participez !


Ce nouveau rendez-vous est celui d’une communauté, engagée pour défendre et valoriser les emplois de production. 

Rejoignez le mouvement !



Vous êtes un acteur de la production locale ? Faîtes-vous connaître en envoyant un message à redaction@presselib.com

Commentaires


Réagissez à cet article

Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire

À lire aussi