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Txirrind’Ola, l’atelier vélo qui met le débat en selle

À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, l’atelier participatif interpelle les candidats pour faire du vélo un véritable enjeu politique à Bayonne et sur le territoire Côte basque - Adour.
Txirrind’Ola fonctionne sur un principe participatif
Txirrind'Ola DR
Installée sur les bords de l’Adour, sur le tracé de la Vélodyssée, l’association Txirrind’Ola répare des bicyclettes et entend bien remettre la mobilité douce sur le devant de la scène.

Sur les allées Marines, en bordure de l’Adour et sur le tracé de la Vélodyssée, l’atelier vélo Txirrind’Ola, association loi 1901 née fin 2011, n’est pas un simple garage. C’est un lieu où l’on répare des chaînes, certes, mais aussi les habitudes de déplacement. À l’heure où les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 s’annoncent, l’association a décidé de ne pas rester sur le bas-côté du débat public.


À l’origine, un constat partagé par une poignée d’habitants, à savoir l’omniprésence de la voiture individuelle dans les trajets quotidiens, avec son cortège d’embouteillages, de pollution de l’air et d’émissions de gaz à effet de serre. De ce diagnostic est née une envie d’agir. Le nom même de Txirrind’Ola, jeu de mots en euskara autour de la bicyclette et du lieu, affirme cette volonté de remettre le vélo au centre de la piste.

De l’atelier ambulant au grand local

Ici, on ne fait pas que réparer des vélos, on éduque aussi les habitudes de déplacement
Txirrind'Ola DR

Dès les premiers mois, entre novembre 2011 et juin 2012, l’équipe fondatrice organise des ateliers en extérieur, sur les marchés ou lors de fêtes du vélo. L’idée est simple : aller au-devant des cyclistes, proposer des réparations, transmettre les bases de l’entretien et démontrer qu’un deux-roues peut durer bien au-delà de ce que le commun des mortels peut penser. Très vite, la demande enfle et l’association loue un premier local dans le quartier Saint-Esprit.

En mars 2014, un bénévole mécanicien devient le premier salarié de l’association. La même année, après des mois de discussions avec l’Agglomération Côte Basque Adour, aujourd’hui Communauté d’Agglomération Pays Basque, Txirrind’Ola obtient la mise à disposition d’un vaste espace de plus de 500 mètres carrés sur les allées Marines. Inauguré en novembre 2014, le lieu dispose de plusieurs pieds d’atelier, d’un espace de stockage, d’un coin café et lecture. La fréquentation grimpe en flèche, portée par une ouverture quotidienne, week-end compris.

Entre 2015 et 2016, l’association change de braquet. Le nombre de salariés augmente, les apéros-démontages s’installent dans le calendrier mensuel et la structure dépasse le millier d’adhérents actifs. Le gravage Bicycode est proposé, la première vélo-école “remise en selle” voit le jour. La mécanique devient alors aussi pédagogique.

Apprendre à faire soi-même

Beaucoup d'ateliers et d'activités dominicales sont organisés
Txirrind'Ola DR

Txirrind’Ola fonctionne sur un principe participatif. Moyennant une adhésion annuelle modeste, chacun peut accéder à l’atelier d’auto-réparation, utiliser l’outillage et bénéficier des conseils de mécaniciens professionnels et de bénévoles expérimentés. L’objectif n’est pas de faire à la place, mais de transmettre. Démonter, diagnostiquer, remonter, ici, on apprend en mettant les mains dans le cambouis.

L’association récupère également des vélos abandonnés auprès de particuliers, de déchetteries ou de copropriétés. Certains sont remis en état et revendus à prix accessibles, d’autres servent de réserve de pièces détachées. Cette logique de réemploi participe à la réduction des déchets à la source et rend la mobilité douce plus inclusive. Le vélo n’est plus un luxe, mais un outil du quotidien.

Au fil des années, l’association s’est professionnalisée. Un accompagnement en 2017 permet de formaliser le projet associatif. Un partenariat avec un organisme de formation renforce sa reconnaissance. Elle obtient l’agrément jeunesse et éducation populaire, est reconnue d’intérêt général et participe à des réunions publiques. En 2019, un groupe de travail Transports organise une manifestation de désobéissance civile sur le pont Saint-Esprit. Le message est on ne peut plus clair, le vélo veut être entendu.

Un acteur qui interpelle les candidats

Txirrind'Ola se bat pour inscrire la mobilité cyclable dans les programmes des municipales
Txirrind'Ola DR

À l’approche des municipales, Txirrind’Ola ne reste pas neutre. L’association a interpellé les candidates et candidats afin d’inscrire la mobilité cyclable dans les programmes. « Notre démarche auprès des candidates et candidats aux élections municipales 2026 : notes de position, carte du REVE, engagements proposés… le vélo entre dans le débat public ! » affirme-t-elle.

Pour ses membres, il ne s’agit pas d’une revendication anecdotique. « Nous y défendons une idée simple : faire des aménagements cyclables pour celles et ceux qui ne se déplacent pas (encore) à vélo, parce que la majorité des trajets quotidiens se font sur quelques kilomètres, et que cela demande une vision cohérente à l’échelle du territoire Côte basque – Adour. » Autrement dit, pédaler ne doit pas être un sport réservé aux plus aguerris, mais une option sécurisée pour tous.

L’association insiste sur la dimension structurante de ces choix. « Le vélo du quotidien est un choix politique ! » lance-t-elle. Derrière cette formule, une conviction : la transition écologique ne se décrète pas seulement à coups de discours, elle se matérialise dans les infrastructures, les continuités cyclables, les stationnements sécurisés et l’éducation aux mobilités.

Pédaler vers une ville plus respirable

La crise sanitaire de 2020, avec ses périodes de confinement et le dispositif “Coup de pouce vélo”, a rappelé combien la bicyclette pouvait être un allié précieux. Txirrind’Ola, malgré des fermetures temporaires, a tenu fermement le guidon grâce à cette dynamique nationale encourageant la réparation et la remise en selle.

Aujourd’hui, l’atelier accueille toujours bénévoles, services civiques et usagers de tous horizons. On y vient pour retendre un câble, changer un pneu ou simplement discuter d’itinéraires. Mais en cette période électorale, les conversations prennent aussi un tour plus civique. Comment réduire la place de la voiture ? Comment sécuriser les trajets scolaires ? Comment relier les quartiers et les communes voisines sans multiplier les kilomètres en voiture ?

Sur les bords de l’Adour, Txirrind’Ola ne promet pas de gagner la course municipale. Mais l’association entend bien éviter que la question des mobilités douces reste en roue libre. À quelques semaines du scrutin, elle rappelle que changer de braquet en matière d’environnement passe aussi par un coup de pédale collectif.

Sébastien Soumagnas

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